Dans la Stub avec… Justine Robardey

Médiatrice culturelle à l’Écomusée d’Alsace depuis mars 2016, Justine nous parle du poste d’institutrice qu’elle occupe régulièrement à l’école du village et nous livre des anecdotes sur les leçons enseignées en Alsace au début du XXème siècle.

Justine, en tant que médiatrice à l’Écomusée d’Alsace, quelle est votre journée type ?

 « Selon les postes que j’occupe, cela peut légèrement différer mais, généralement, j’arrive à 10h pour me préparer et me costumer. Nous pouvons avoir des médiations avec des horaires précis, mais aussi des plages horaires plus souples durant lesquelles nous échangeons avec le public. Par exemple, lorsque j’occupe le poste à l’école le matin, je propose la médiation « Leçons de choses », où je réponds aux questions que les visiteurs peuvent avoir sur l’école d’autrefois. Ensuite, je me dirige vers le rucher pour la médiation sur les abeilles et, en fin de matinée, à la maison d’Artolsheim pour l’animation avec les cigognes. Après ma pause déjeuner, je suis de retour à l’école pour des animations où je propose des leçons d’histoire. Pour finir, je retourne au cœur du village pour raconter aux visiteurs l’histoire de « Roméo le crapaud », nouvelle médiation poétique et itinérante. »

Pouvez-vous nous raconter une journée type dans une classe de primaire au début du XXème siècle ?

« Si on se réfère à l’emploi du temps de l’école d’Orschwihr accroché au mur de la salle de classe datant de 1936, les enfants allaient à l’école de 8h à 16h. Ils avaient 2 heures de pause le midi et des récréations le matin et l’après-midi, pendant environ un quart d’heure. Des créneaux de 3/4 d’heure à une heure étaient proposés le matin pour les matières principales. 4 jours sur 5 en Alsace, on commençait donc par les cours de religion puis de lecture et, après la récréation, arithmétique et orthographe par exemple. Tandis que l’après-midi, il était plus courant de proposer des matières comme l’histoire, la géographie ou les leçons de choses, qui comprenaient les sciences naturelles, mais aussi toutes les autres choses que l’on apprenait de façon concrète et par l’observation, comme la couture ou l’hygiène, par exemple. »

 

Quelles sont les différences et les similitudes entre les cours enseignés hier et ceux d’aujourd’hui ?

« La plus grande différence se retrouve dans les dénominations des matières. Par exemple, le mot « mathématiques » n’était pas utilisé tel quel. On parlait d’arithmétique pour le calcul, de système métrique pour la géométrie… De la même façon, on ne parlait pas de cours de français mais plutôt de grammaire, d’orthographe, de lecture… Les sciences étaient également apprises de façon différente : on apprenait plus de choses concrètes. Par contre, pour l’histoire et la géographie, les leçons étaient très centrées sur la France et moins ouvertes sur le monde qu’aujourd’hui.
À l’époque, l’institutrice ou l’instituteur pouvait être un peu plus autoritaire. Lors des médiations du musée, on explique bien qu’au début du XXème siècle, l’enseignant était sur une estrade et donc « au-dessus » des élèves. Cela n’était pas un hasard, mais symbolique et destiné à donner une position supérieure à l’enseignant, par rapport à l’élève. C’est à partir de 1968 qu’une relation « d’égal à égal » va s’installer entre l’enseignant et ses élèves. Autrefois, les enfants n’avaient pas forcément le droit de s’exprimer pendant les cours et il y avait moins d’échanges qu’aujourd’hui. C’est l’enseignant qui avait toujours raison sur tous les points de vue et les élèves n’avaient pas forcément la possibilité de la discussion. »

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce rôle d’institutrice ?

« C’est un poste enrichissant, car j’ai beaucoup appris sur l’histoire de l’école et l’histoire de l’Alsace de façon plus générale. Pouvoir développer et expliquer ces faits devant les visiteurs est très appréciable. Étant franc-comtoise, et même si ce n’est pas très loin de l’Alsace, je n’avais pas forcément notion de l’importance des changements de nationalité, notamment. Lorsque j’ai la possibilité de discuter avec des familles alsaciennes, je trouve cela intéressant par rapport à mes origines personnelles, car cela permet d’avoir un certain recul et de comprendre toutes les répercussions que cela peut avoir encore aujourd’hui dans certaines familles... »
 

Quelle était la place de l’instituteur dans la vie du village ?

« L’instituteur et l’institutrice, comme le maire et le prêtre, étaient considérés comme des personnes importantes du village, reconnaissables de par leur tenue et leur vie quotidienne. Pendant longtemps, l’institutrice ne se mariait pas. Souvent, elle était soit demoiselle, soit religieuse. Elle enseignait jusqu’à un an maximum après son mariage car, à l’époque, c’est le mari qui était censé subvenir à ses besoins. Les religieuses quant à elles, qui plus est en Alsace, de par le statut particulier du régime des cultes, ont longtemps enseigné, même à l’école publique. Les classes de filles, notamment, étaient tenues par des religieuses, comme les sœurs de Ribeauvillé qui étaient formées pour être institutrices. »

Est-ce qu’il y aura une animation spécifique à l’école pour la rentrée ?

« L’animation phare de cette période de l’année est le Certificat d’Études Primaires. Nous organisons des épreuves en accéléré et réutilisons réellement d’anciens sujets sur la dictée, les épreuves d’arithmétique, les sciences et l’histoire-géographie. L’idée est tout d’abord de mettre les visiteurs dans le contexte en expliquant l’histoire du diplôme et, ensuite, nous passons aux différentes épreuves. Les personnes qui participent s’installent derrière les pupitres d’époque, utilisent la plume et l’encrier, ce qui est un peu difficile pour certains (rires). Nous organisons 2 séances par jour pour avoir le temps de corriger les épreuves. En fin de journée, il y a une célébration avec la remise des certificats, pour ceux qui l’ont obtenu, et des billets d’honneur pour ceux qui n’auraient pas la moyenne. Je vous donne donc rendez-vous dès le 2 septembre et j’espère vous remettre votre diplôme ! »

 

  

© Crédit photo - Ecomusée d'Alsace

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